Puerta del Sol: la révolution sera féministe ou ne sera pas

feminista1

Aujourd’hui depuis maintenant un peu plus de deux semaines, le campement qui avait pris place à la Puerta del Sol à Madrid s’est dissout pour ne laisser derrière lui qu’un point d’information et quelques irréductibles qui assiègent toujours la place. Mais de cette expérience unique en Espagne, il reste des traces et surtout des assemblées générales et des assemblées de quartiers ainsi que des commissions qui continuent à se réunir et à avancer loin du tumulte médiatique.

Parmi ces commissions, celle qui nous intéresse c’est la commission féministe. Ce fut l’une des premières commissions créées à la Puerta del Sol et aussi l’une des plus controversées. L’histoire de cette commission n’a pas fini de s’écrire à l’heure qu’il est mais parler de ses difficultés et de ses aboutissements, c’est se donner les moyens de mieux comprendre les spécificités du féminisme au-delà des Pyrénées et du sexisme qui traverse la société espagnole.

La révolution sera féministe ou ne sera pas ! Ce slogan, cette revendication semblait légitime à toutes les féministes du campement. Pourtant lorsqu’elles l’ont affiché fièrement et de manière ostensible sur une banderole, elles se sont confronté à une levée de bouclier d’ignorants qui, persuadés que le féministe n’était autre que le pendant féminin du machisme ont arraché sans ménagement la dite banderole. Car oui, en Espagne aussi le féminisme jouit d’une mauvaise réputation, d’une réputation infondée celle d’être l’apanage de femmes voulant le pouvoir, tout le pouvoir pour le confisquer aux hommes et ainsi les dominer. Suite à cette violence symbolique à l’encontre du féminisme et donc des féministes, celles-ci ne se sont pas laissé faire ; après avoir rédigé un tract condamnant cet acte et expliquant ce qu’était le féminisme, elles sont allées afficher une banderole sur l’une des façades d’un immeuble de la place. Une banderole immense, majestueuse qui arborait un message clair : « feminismos » ! Restée accrochée et visible jusqu’à la dissolution du campement, cette banderole n’a suscité aucune critique publique et était pourtant l’une des plus remarquable depuis la Puerta del Sol.

La difficile cohabitation de tous les féminismes : création de la sous-commission TransPédéGouineQueer

Ce n’est pas comme si on ne savait pas déjà qu’il n’existe pas un féminisme mais des féminismes. Seulement au cœur même d’un mouvement social aux ambitions révolutionnaires, la théorie doit se mettre en pratique et là ça coince. Tout avait bien commencé, chacune et chacun semblait trouver sa place au sein de la commission féministe. Mais très vite, certaines dynamiques internes excluantes se sont mises en place. De manière inconsciente, la norme hétérosexuelle a pesé de tout son poids dans les revendications et les priorités mises en avant par les membres de la commission. Afin de se dégager un espace de débat et de prise de décision libre de cette hétéronormativité, certaines féministes lesbiennes et/ou transgenres décidèrent de créer une sous-commission TransPédéGouineQueer. Outre la rédaction d’un manifeste pouvant compléter ou nuancer celui rédigé par l’ensemble de la Commission féministe et intégrant des revendications concernant entre autres les travailleuses et travailleurs du sexe, les personnes transgenres, transexuelles et intersexe, la sous-commission posa plusieurs questions fondamentales à l’heure de créer un mouvement féministe d’ampleur et non sectaire. La lutte pour « les minorités sexuelles » doit-elle être considérée comme une lutte secondaire dans le féminisme ? Se battre pour les droits de tous ceux qui gênent la norme hétérosexuelle est-ce forcément féministe ? Comment ne pas perpétuer des dynamiques et pratiques excluantes à l’intérieur des structures de lutte pour l’émancipation ? Le combat entre partisans d’une scission de la commission féministe et les autres fut âpre mais en définitive, le mouvement TransPédéGouineQueer conserva sa position de sous-commission et s’occupa d’organiser la Gay Pride Indignée, à fort contenu revendicatif et politique qui eu lieu fin juin et fut un franc succès.

Lutter contre le langage sexiste : les mots sont importants

Encore plus peut-être que dans d’autres pays, en Espagne on a l’insulte facile. Insultes qui bien souvent sont à caractère sexiste ou homophobe, raciste ou qui d’une manière ou d’une autre vise à discriminer une partie de la population. Après avoir rappelé que dans la plupart des cas, les prostituées n’avaient pas mis au monde d’hommes politiques, les féministes ont décidé d’ajouter un geste à ceux déjà codifié en Assemblée Générale. Car à force de faire des AG avec près d’un millier de personnes, un langage spécifique composé de signes distincts et identifiables avait fini par se mettre en place afin de faciliter la communication entre les intervenants et le reste de l’assemblée. Après plusieurs semaines, un geste fut donc trouvé qui signifiait à celle ou celui qui parlait qu’il utilisait un langage raciste, sexiste, homophobe et/ou excluant. A chaque insulte, mot ou geste déplacé, l’assemblée avait désormais la possibilité de dénoncer et en même temps de faire prendre conscience à son interlocuteur qu’il devait faire attention à ses paroles. Le geste a si bien été intégré que par la suite, on a vu des intervenants faire ce geste après avoir laissé s’échapper un « hijo de puta » ou autre insulte du genre. Changer les automatismes de langage prend du temps mais c’est là un bon début et certainement une initiative à importer…

Voilà donc trois pistes que nous montre les féministes indignées pour continuer et renforcer notre lutte :

–          informer sur la réalité du féminisme, son histoire et ses objectifs

–          faire l’unité des féminismes en respectant les différences et les apports de chaque féminisme en combattant l’hétérosexisme, la transphobie et le racisme au même titre que le sexisme « classique »

–          mettre notre créativité au service de la construction d’un nouvel système de communication verbal et non verbal qui ne soit pas excluant et qui ne perpétue pas les codes de la domination masculine.

One response to “Puerta del Sol: la révolution sera féministe ou ne sera pas”

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :