Sex, gender and the city (part 1)

sarfati

« Les villes, territoires, lieux ou reflets des pratiques sociales, peuvent elles être pensées sans lien avec cette différenciation sociale fondamentale qu’est le sexe ? »

S. Denèfle

Le genre offre une clé de lecture originale de l’espace urbain moderne. Il est à la base même des grandes divisions (morphologiques, économiques, sociales, symboliques) qui organisent la ville et les bâtiments qui la composent.

Pour la sociologue Jacqueline Coutras, l’assignation des femmes au foyer a constitué non seulement un devoir social, mais aussi un devoir spatial : « assurer le bon déroulement de la vie à l’intérieur de l’espace-temps du «logis» et de ses abords et maintenir une vie sociale de proximité pendant que leurs conjoints vont produire la richesse de la ville ».

La division sociale du travail a entraîné la division de l’espace urbain entre espace public – espace masculin par excellence – et espace privé, le « logis » qui symbolise la vie de famille ou la vraie place des femmes. C’est la distinction « genrée » entre travail domestique et travail salarié qui a amené la constitution d’espaces-temps distincts, correspondant à chacune de ces fonctions, et donc permis la dynamique de fonctionnalisation à l’œuvre dans nos villes depuis un siècle :

« La proximité résidentielle a pu être autre chose que l’endroit où les résidents viennent dormir, elle a pu être endroit de mobilisation sociale, car il y avait toute une vie sociale qui s’est développée à partir du travail domestique et familial, celui attribué aux femmes. »

Pour Jacqueline Coutras l’entrée massive des femmes sur le marché du travail salarié depuis une trentaine d’années a introduit un décalage entre l’organisation spatiale de la vie quotidienne et les représentations sur lesquelles le fonctionnement urbain a été édifié. Les femmes ont dans une large mesure cessé d’assurer leur devoir spatial ; elles sont de plus en plus mobiles, de plus en plus nombreuses à occuper des emplois loin de leur domicile – même si les couples bi-actifs continuent à privilégier les lieux d’habitation les plus proches du domicile de la femme, preuve que celle-ci demeure en charge de l’essentiel des tâches domestiques et parentales.

« Sortie de sa cuisine, d’un espace-temps jusqu’il y a peu limité aux murs du foyer familial, sinon aux frontières proches du quartier, la femme, à mesure qu’elle gagnait la sphère du travail, investissait la ville et ses dédales. », constate donc Josselin Thonnelier sur Urbanews.

Elle se heurte alors à un espace public urbain construit par et pour les hommes, qui la limite et la contraint dans son quotidien citadin. L’urbanisme semble bien souvent inadaptés aux besoins des femmes, qui ont tendance à esquiver ou contourner les espaces urbains peu fréquentés ou « fermés » sur leur propre environnement, tels que les parkings silos ou souterrains, dans lesquelles elles se sentent peu en sécurité. Mais ce « sentiment d’inégalité urbaine » naît aussi d’une domination symbolique de l’homme sur la ville – par exemple à travers des noms de rue, qui dans leur immense majorité font honneur à des figures masculines.

De cette double contrainte – les obligations domestiques qui conditionnent leurs déplacements ; l’insécurité qui stigmatise leur présence dans les espaces publics – nait une expérience féminine spécifique de la ville. Les femmes ne sont pas des citadines comme les autres : la façon de faire les courses, l’utilisation des moyens de transport, les heures de fréquentation, les lieux visités, la façon d’investir le logement, les quartiers, les rues, etc., sont différents…et on voit mal comment les urbanistes peuvent faire abstraction de cette réalité.

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