La femme à barbe, monstre queer

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Qui n’a jamais plaisanté sur les moustaches-qui-piquent de la vieille tante à qui on est obligé de faire la bise à chaque repas de famille ?
Et pourtant derrière ces blagues, une réalité difficile : l’hirsutisme, ou la « maladie des femmes à barbe ». L’hypertrichose est le symptôme d’un dérèglement hormonal qui se manifeste par une pilosité envahissante sur une partie du corps. Dans certains cas, le sujet est dans l’obligation de se raser plusieurs fois par jour.
Les femmes à barbe ont suscité énormément d’intérêt au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Source d’une véritable fascination du monde médical, elles étaient considérées comme des « monstres » et exhibées comme des phénomènes de foire.
Pourquoi un tel rejet ? Parce que la barbe est un attribut purement masculin, symbole de virilité par excellence. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est aujourd’hui utilisé par une association féministe célèbre à des fins d’agit-prop.
Etre une femme et laisser pousser sa barbe, c’est une déviance, car une femme dotée à la fois d’une barbe et d’une poitrine maternelle est un défi à la bipolarité des sexes.


Ce tableau de José de Ribera est finalement une représentation « queer avant la lettre » (Larrieu) : elle déstabilise fortement l’identité, transcende les constructions sociales des genres. A travers leurs corps, les femmes à barbe révèlent la nature floue du genre sexuel, anatomique.
Dans une recherche sur les phénomènes de foire et le zoo humain de Coney Island, le sociologue Emin Tanfer va même plus loin. Pour lui, « Le spectacle d’une femme masculine était problématique non seulement parce qu’il remettait en cause l’importance accordée par le xxe siècle à la beauté féminine, mais aussi parce qu’il impliquait une masculinité non dominante, non autoritaire et même impuissante au sein d’une société profondément patriarcale. ».

One response to “La femme à barbe, monstre queer”

  1. Laure says :

    Cool d’aborder un sujet encore trop tabou et qui remet en effet en cause la bipolarité des sexes.
    A travers la pilosité, c’est notre conception du beau qui est remise en question. Cette obsession du « beau » est à la fois contraingnante et excluante, c’est une norme intériorisée qui crée des dégâts considérables et se faisant la priorité de bons nombres de concitoyens et concitoyennes, se transforme en outil aussi puissant que le cirque du temps des romains pour détourner les gens de la chose politique.

    Par contre, est-ce que parler de « dérèglement hormonal » c’est pas faire un peu le jeu d’une médecine visant à normaliser un genre, un sexe en l’enfermant dans un carcan régulé en fonction de son apparence physique, de son taux d’hormone ou bien encore de la distribution de ses chromosomes ? Qui est ce qui décide qui est victime de ce dérèglement hormonal? Et selon quels critères ?
    Après tout ne sommes-nous pas toutes des déréglées hormonal en puissance…

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