Libérer nos sexualités… à toutes !

photo : "Rue des Lombards" - Jane Evelyn Atwood

On dirait bien que c’est un pavé que la Ministre des Droits des Femmes (oui, « la Ministre des Droits des Femmes ». Pas « Najat ». Merci.) a lancé dans la mare la semaine dernière en se déclarant favorable à la pénalisation des clients de prostituées, déclenchant illico une véritable guerre de tranchées chez les féministes (et chez les autres aussi). Alors pour foutre un peu plus la merde, voici notre avis à nous.
Un article à quatre mains par Eve et Louisa. 

 Il existe de bons arguments pour dire que le système prostituteur est une forme inacceptable de domination masculine et d’exploitation des femmes. Mais pas ceux qu’on entend. Pas ceux de mauvaise foi qui mélangent tous les problèmes de la terre ; pas ceux qui se bornent à prodiguer à tout va des leçons de morale à peu de frais, et nous renvoient à la figure une vision rétrograde, figée et (hétéro)normative de la sexualité.

 Nous ne sommes ni des expert-e-s, ni des putes, ni des client-e-s, simplement deux féministes à qui ces arguments et ces raccourcis écorchent les oreilles. Le débat est complexe et il est dommage de le voir s’enliser ainsi dans des poncifs qui ne permettent pas de réfléchir au fond du problème ni d’envisager les meilleures solutions pour les prostituées.

 D’abord il y a cette série d’arguments qui ne semble s’appliquer qu’à la prostitution alors qu’ils devraient comprendre toute forme d’activité rémunérée.

1) « La prostitution est une marchandisation du corps humain »

 L’idée semble simple : puisqu’on « marchandise » une partie de son corps, alors on marchandise le corps en entier. Ce serait, nous dit-on, comparable à la vente d’organes. Il se trouve que cette partie du corps est justement la partie sexualisée du corps… et c’est en fait ça qui pose problème.

 L’acte en soi se résume à la vente d’un service sexuel, produit par une partie spécifique du corps humain, et non à la vente d’un vagin ou d’une bouche. Personne ne vend son corps dans son intégralité, ni même un organe, puisque l’organe reste bien fermement attaché au corps en question. La vente d’un service de tout autre nature n’implique pas la mise en vente du corps du prestataire. L’épicier du coin ne vend pas son corps lorsqu’il vous rend la monnaie, la masseuse ne vend pas son corps lorsqu’elle applique ses mains sur le vôtre. De même, le client n’achète pas un corps prostitué mais un service fourni par celui-ci.

 N’importe quel service pourrait donc s’exercer sans marchandisation du corps, sauf le service sexuel…

2) « La prostitution c’ est de l’esclavage »

Cet argument rejoint le premier : puisque le client achète un corps et peut en disposer à sa guise, alors la prostituée est une esclave.

Là encore, c’est faux. L’esclavage se définit par le statut de « travailleur non libre », c’est-à-dire non rémunéré et juridiquement la propriété d’une autre personne, donc négociable et revendable au même titre qu’un objet. La prostitution en soi n’implique absolument pas cela. Il s’agit d’un échange rémunéré entre deux personnes. Le client ne peut pas revendre une pute, ni la posséder. Il achète quelques heures de rapport sexuel. On peut refuser ce principe, mais alors il faut assumer les raisons morales qui sont derrière, et qui n’ont rien à voir avec de l’esclavage.

 Est-ce qu’il existe du trafic d’êtres humains et des situations où les putes sont les esclaves de leur proxénète ? Oui, bien évidemment. Dans ce cas le problème n’est pas l’acte de prostitution en soi, mais la traite d’êtres humains.

 L’esclavage moderne et le travail forcé touchent beaucoup d’autres domaines (textile, bâtiment, etc.) et ne sont pas propres à la prostitution. Il s’agit dans la vaste majorité des cas de personnes immigrées et sans papiers… c’est donc en priorité sur cet aspect-là qu’il faut  agir pour lutter contre toutes les formes d’esclavage.

3)  « La prostitution s’exerce sous contrainte de l’argent »

C’est vrai, et alors ? Votre le travail vous le faites gratuitement et par pur plaisir ? Vous n’êtes jamais contraint-e-s d’effectuer des tâches peu plaisantes et peu gratifiantes ? (oui, même si vous êtes cadre ou PDG). Les caissières, les femmes de ménage, les éboueurs, ont-ils plus choisi leur travail que les prostituées ? Non, ils ont émis une préférence dans un système fortement contraint. Est-ce qu’ils aiment leur travail ? Probablement pas. Quelqu’un s’élève-t-il pour l’abolition de ces métiers ? Pas à notre connaissance.

Oui, beaucoup de femmes sont poussées à se prostituer par la précarité de leurs conditions. Mais personne ne choisit tout à fait librement son travail et ce d’autant moins lorsqu’on manque d’argent, de qualifications, ou de papiers.

Si on considère – légitimement – que la prostitution pose problème parce qu’elle n’est pas choisie librement, ou lorsqu’elle n’est pas choisie librement, alors la solution ne doit-elle pas être de lutter contre la précarité, contre le chômage, pour l’égalité salariale, la formation et l’insertion professionnelle ; afin d’élargir réellement le champ des possibles non seulement pour les prostituées mais pour tous-tes les aliéné-e-s du monde du travail ? Pénaliser le client, c’est-à-dire faire perdre des revenus aux prostituées, n’est-ce pas infliger une double peine à celles que l’on considère comme des victimes ?

De même, si on veut parler de l’aliénation au travail, alors parlons-en vraiment. Le salariat, quel que soit le domaine d’activité, est une dépossession de la valeur créée au profit d’un patron. C’est une contrainte permanente sur nos corps, nos esprits, notre temps. Mais cette réflexion dépasse un peu le cadre de la prostitution… A moins que le sexe ne soit par nature plus aliénant ?

On voit bien la véritable question, rarement explicitée et assumée, que soulèvent en creux ces arguments et qui constitue trop souvent l’impensé philosophique du débat sur la prostitution : y a-t-il une différence de nature entre la vente d’un service sexuel et celle d’un autre type de service et si oui, pourquoi ? Sur la base de quel fondement moral, religieux, philosophique, au nom de quelle valeur ?

Ensuite il y a les arguments qui opposent à la prostitution une vision fantasmée et niaise de la sexualité « non tarifée »… donc « libre ».

4) « La prostitution est une violence faite aux femmes parce qu’elle implique une relation sexuelle non consentie »

Consentement, n.m. Action de donner son accord à une action, à un projet ; approbation, assentiment (définition du Larousse).

La prostitution est, presque par définition, une relation sexuelle consentie : la prostituée accepte de fournir un service sexuel en échange d’une certaine somme d’argent. Cela ne signifie pas que la relation sexuelle soit désirée. Cela ne signifie pas non plus qu’elle soit TOUJOURS consentie : oui, il arrive que les prostituées se fassent violer, c’est-à-dire que leurs clients les forcent à subir des pratiques sexuelles qu’elles ne souhaitaient pas avoir. Ceci est un problème de viol. Pas de prostitution en tant que telle.

Alors oui, c’est vrai, les prostituées se font plus souvent violer que les autres femmes. Et lorsqu’elles sont victimes de viol, il leur est extrêmement difficile d’obtenir reconnaissance et réparation du préjudice de la part d’un système policier et judiciaire qui les malmène. Ces deux phénomènes découlent d’un stéréotype bien ancré : l’idée que les prostituées sont forcément, automatiquement, du simple fait de leur profession, consentantes à toute relation sexuelle quel que soit le contexte.

Prétendre que les relations tarifées sont toujours non consenties est aussi absurde que d’estimer qu’une prostituée consent forcément à baiser n’importe qui, n’importe quand et n’importe comment. Ces deux préjugés contribuent à brouiller dangereusement la frontière entre viol et relation sexuelle tarifée, au détriment de l’autonomie et de la dignité des personnes prostituées.

5) « La prostitution est une violence parce qu’elle implique une relation sexuelle sans désir réciproque »

Bon. Soyons sérieux deux minutes. Que celle d’entre nous qui n’a jamais GRATUITEMENT accepté une relation sexuelle sans désir  jette la première pierre sur Marie-Madeleine.

Dans la vraie vie, parfois, on n’a pas envie, et puis on le fait quand même, pour faire plaisir à son copain; pour éviter une crise de couple ; parce qu’on l’avait planifié ; parce qu’on se dit qu’on « devrait »  – bref parce qu’en vertu d’une norme implicite mais très établie, dans un couple, on couche ensemble. Et régulièrement s’il vous plait.

Plus précisément, le couple hétérosexuel repose aujourd’hui encore très largement sur une convention implicite, celle de la disponibilité sexuelle de la femme au désir de l’homme. Nos sexualités à toutes subissent le poids de ces représentations patriarcales. Le féminisme doit lutter contre toutes ces contraintes, qu’elles s’exercent dans le lit conjugal ou dans une camionnette du bois de Vincennes.

Cette distinction entre l’absence de désir « gratuite », acceptable, et l’absence de désir « rémunérée », condamnable, se fonde sur un présupposé moral : celui de la supériorité du couple sur les autres formes de sexualités. Non, le couple n’est ni un modèle unique et idéal, ni le cadre incontournable des rapports sexuels. C’est en refusant cette conception ultranormative de la sexualité que l’on libérera, demain, les désirs et les pratiques de tous et de toutes.

Dessin : Mai-liên

 On voit bien à travers ces arguments que ce qui se joue, implicitement, dans ce débat sur la prostitution, c’est une représentation sociale de la sexualité. En dénonçant la domination dont sont victimes les prostituées, on fait semblant d’oublier, de nier, que nos sexualités à tous et à toutes sont soumises, à des degrés divers, aux diktats de la domination masculine. On met l’accent sur le symptôme par peur de s’attaquer à la racine du problème.

En filigrane de cette compassion bruyante témoignée aux personnes prostituées se cache trop souvent l’idée que la sexualité féminine ne peut s’épanouir que dans le cadre d’une relation amoureuse, stable, monogame et de préférence hétérosexuelle. Implicite également, l’éternel tabou judéo-chrétien qui fait du sexe une activité à part, totalement à l’écart de la vie sociale, toujours pur, désintéressé, à l’abri des relations de pouvoir et d’argent.

Cette vision nous semble à la fois naïve et rétrograde puisqu’elle contribue à nier le caractère éminemment politique de nos coïts et de nos orgasmes. Les valeurs féministes revendiquées par les abolitionnistes ne devraient-elles pas conduire au contraire à réaffirmer que le privé est politique, à remettre en cause sans relâche cette domestication de la sexualité des femmes ?

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Suite aux nombreux commentaires que nous avons reçu, nous voudrions apporter quelques précisions à notre article. Tout d’abord il n’est pas une tribune pro-prostitution, ni une défense inconditionnelle de cette activité. Nous avons bien évidemment conscience que la vaste majorité des prostituées le sont par contrainte économique, et subissent une conjonction d’oppressions – de genre, de classe, de race. Pas de vision enchantée de la vente de service sexuel donc.

Il nous semblait toutefois qu’un certain nombre d’arguments abolitionnistes venaient brouiller le débat et mener à des raccourcis dangereux : c’est ce que nous avons voulu dénoncer dans cet article. Cela ne nous conduit pas à réfuter en bloc la position abolitionniste dont certains arguments nous méritent considération. Par exemple il nous semble exact que la prostitution affirme la disponibilité sexuelle de la femme aux désirs masculins. Si cette norme patriarcale, comme nous avons tenté de le montrer, existe aussi dans les relations non tarifées, et doit donc se combattre dans toutes les formes de relations sexuelles et interpesonnelles, c’est dans  la prostitution qu’elle s’exprime avec la plus grande violence matérielle et symbolique.

Qu’on soit pour ou contre la prostitution, il nous semble important d’éviter les arguments faciles et fallacieux, qui tendent parfois dangereusement à la stigmatisation des prostituées voire à la réaffirmation de l’ordre moral, au détriment d’une réflexion plus profonde sur les rapports de pouvoir et de sexe dans la société dans son ensemble. Nous espérons que cet article puisse y contribuer, malgré l’absence de discussion sur les aspects plus pragmatiques.

42 responses to “Libérer nos sexualités… à toutes !”

  1. nhetic says :

    Bon billet, se penchant largement sur différents aspects du problème, même si à mon sens, le plus important dans cette lutte reste le démantèlement des réseaux de traites d’êtres humains qui restent à mon sens le véritable problème à résoudre au delà des formules ronflantes de l’abolition de la prostitution…

  2. Ango says :

    Bon article mais que répondre à ceux qui, comme moi, ne sont pas gêné(e)s par une éventuelle abolition de la prostitution? Pourquoi? Parce que que reproche-t-on au sexisme depuis longtemps? Que les femmes soient réduites (de plus en plus) à leur corps (le célébrissime « sois belle et tais-toi », ou comment une femme est davantage sollicitée pour sa beaurté que pour son intellect) et réduites au statut d’ « objet sexuel ».
    Pour moi, le véritable féminisme dans cette question, c’est celui qui rompt avec ça, et qui élève la femme au rang d’être, de sujet pensant (sans nier le corps mais sans non plus n’exister que par lui).
    Or que font les prostituées, au même titre que les actrices X d’ailleurs? Elles ramènent la femme à l’intérêt pour son corps (sa « fonction » d’objet agréable à regarder, d’objet divertissant pour les hommes voire décorant..). Ce n’est pas la défense de la prostitution ou de la pronographie qui sauvera ou élèvera le statut des femmes dans la société et leur capacité à être autre chose qu’un corps.
    Moi je suis féministe: je ne veux pas d’un féminisme trop idéaliste, naïf et judéo-chrétien, mais je ne veux pas non plus d’un féminisme qui renvoie les femmes à leur condition d’objet, de « corps ambulant » même sous prétexte que c’est fait par choix. Je veux un féminisme qui amène des femmes dans les positions depuis toujours occupées par les hommes, dans les « domaines réservés » masculins. C’est ça, à mon sens, la vraie révolution féministe (et ce n’est pas de la bien-pensance, du conservatisme ni du puritanisme de penser cela).

    Ce que je veux dire c’est que si l’abolition de la prostitution peut être un premier pas vers une dissociation entre « femme » et « objet permettant d’avoir du plaisr sexuel » dans la vision de la femme dans la société, alors je suis pour.

  3. David Simard says :

    Un article qui résume bien les choses et met bien en évidence les enjeux sociaux plus globaux sur la sexualité impliqués par les débats actuels sur la prostitution.

    Je préciserais pour ma part et à mon sens que ce qu’il y a d’encore patriarcal dans la représentation classique de la conjugalité comme seule forme valorisée ou presque de rapports entre les sexes (dans une relation hétéro), est qu’elle est considérée comme le cadre privilégié dans lequel la sexualité des femmes a droit de cité. Ce en quoi l’opposition sous-jacente entre la femme bien et la prostituée (la « madone » et la « putain ») dans les propos du prohibitionnisme auto-étiqueté abolitionnisme est centrale, tout en étant masquée.

  4. antisexisme says :

    Franchement, je suis SUPER choquée par ce passage :

     » La prostitution s’exerce sous contrainte de l’argent . C’est vrai, et alors ? Votre le travail vous le faites gratuitement et par pur plaisir ? Vous n’êtes jamais contraint-e-s d’effectuer des tâches peu plaisantes et peu gratifiantes ? »

    Je trouve ça d’une violence inouïe : banaliser à ce pont le fait d’être CONTRAINT à avoir des rapports sexuels ? O__o

    C’est d’ailleurs pour cela que j’estime que la prostitution est une violence : un rapport sexuel contraint en est une. Le fait de gagner sa vie en ayant des rapports sexuels induit au moins une CONTRAINTE d’ordre financière.

    Imaginez : vous vous réveillez un matin, vous faîtes un rapide calcul : aujourd’hui il faut que je me tape au moins 7 mecs inconnus pour payer mon loyer/payer les affaires scolaires à mon gamins/acheter à manger, etc…

    Être contrainte à des rapports sexuels avec des inconnus pour VIVRE, je ne pense pas que ce soit pareil que d’avoir un rapport sexuel sans désir avec quelqu’un qu’on connait, en qui on a confiance, et que a priori on aime bien.

    • Aurélien says :

      Par contre, se réveiller le matin et se dire : je dois être à la caisse pendant 10 heures / ramasser des ordures sur des kilomètres pour payer mon loyer, etc.
      C’est à ça qu’il faut le comparer. C’est un choix qui peut être personnel.

      « banaliser à ce pont le fait d’être CONTRAINT à avoir des rapports sexuels ? O__o »

      On banalise bien le fait d’être « contraint » à faire toutes sortes de choses déplaisantes. L’article précise bien ce qu’il y a de contraint ou pas. C’est aussi un contrat de service.

      • antisexisme says :

        Si la contrainte sexuelle est au même niveau que que les autres, pourquoi pénaliser le viol et le harcèlement sexuel ?

        Si je comprends ton raisonnement, quand Sarkozy a demandé un pipe à une élue qui demandait des subventions, ce n’est pas si grave, c’est du léchage de botte classique ? C’est un petit désagrément de la vie ?

        Ensuite, il y a quand même beaucoup plus de prostituées ayant des problèmes psychiatriques que d’éboueurs/caissiers (une Inspectrice du travail m’a dit qu’elle n’a jamais rencontré le même niveau de détresse chez les chantiers les plus durs que chez les prostituées).

      • Berenice says :

        Ah bah oui c’est vrai ça on se demande pourquoi les gens font tant d’histoire lorsqu’il s’agit de leurs organes sexuels (au lieu des autres) d’ailleurs je vois pas pourquoi y a des chochottes qui demandent des lois sur le harcèlement sexuel au travail, faire la caissière ou louer son t*** du c** c’est blanc bonnet et bonnet blanc. Moi perso j’ai fait la caissière, c’était pas fun, fun, mais justement si j’ai fait la caissière c’est POUR NE PAS AVOIR A ME PROSTITUER!!!! Je préférais un boulot très pénible payer une misère au lieu de vendre un service sexuel qui m’aurait rapporter tellement plus avec tellement moins d’heures de « travail »,
        On se demande pourquoi les prostituées sont en grande majorité contraintes, alors que c’est un travail comme (voire même mieux !) un autre et que toutes les femmes devraient s’y précipiter… Quand on trouve ça bien pour les autres mais pas pour soi, c’est en général l’indice qu’en fait c’est pas si bien que ça.

      • Aurélien says :

        Bérénice, je lis que vous avez choisi de faire le métier de caisse plutôt que la prostitution, ou comme vous dites, pour ne pas avoir à vous prostituer. C’est votre expérience, votre choix, et tout le monde le respecte. Il serait bon que vous n’en fassiez pas une généralité, et que vous respectiez le choix de celles et ceux qui préfèrent se prostituer plutôt qu’être caissier-e. Chacun voit le dégradant à sa porte, et personne n’aime qu’on décide pour soi ce qu’on peut, doit, ou devrait faire.

    • David Simard says :

      La contrainte dont il est question est celle de devoir travailler pour gagner sa vie, et il existe des personnes auxquelles cela ne leur nuit pas plus de le faire en vendant des services sexuels que de le faire, pour d’autres, en se rendant à leur boulot (la sexualité n’a pas la même sacralité pour tout le monde). La vie est faite de contraintes, imaginer le contraire c’est être dans le fantasme de toute-puissance, un monde où l’individu n’aurait aucune contrainte, autrement dit soit parce qu’il règne sur tout le monde, soit parce qu’il vit hors société (et donc meurt).

      • antisexisme says :

        Oui mais le problème c’est que la plupart des prostituées ne vivent pas bien leur activité. 94% des prostituées en Hollande souhaitait sortir de la prostitution. Or il est très difficile d’en sortir.

        Il y en a peut-être quelques une qui ont vraiment choisi et qui le vivent bien, mais il faut garder à l’esprit que c’est souvent l’extrême misère ou la contrainte d’un proxénète qui poussent les femmes sur les trottoirs.

  5. David Simard says :

    Une précision concernant les rapports sexuels consentis au sein du couple sans réel désir : les hommes le font aussi.

  6. luce44 says :

    Vouloir l’abolition de la prostitution ne signifie pas absolument pas que l’on affirme  » la supériorité du couple sur les autres formes de sexualités ».
    C’est la société puritaine du 19° siècle qui a introduit cette dualité : couple marié pour la reproduction, prostitution pour le plaisir (pour les hommes seulement !!)
    Dans la société du 21° siècle, le plaisir peut s’exercer sans avoir recours à la prostitution dans le couple ou hors du couple, hétéro ou homo, avec désir et plaisir réciproques.
    Pourquoi vouloir défendre cette relation tarifée, inégalitaire où un partenaire se sert du corps de l’autre pour assouvir son soi-disant « besoin » en toute impunité, et souvent avec violences.

    • Aurélien says :

      La relation n’est pas forcément inégalitaire, c’est un contrat où la-le prostitué-e impose ses conditions. Un partenaire ne se « sert pas du corps de l’autre », c’est n’est pas une location. C’est la fourniture d’un service. Ce n’est pas un « soi-disant “besoin” », c’est un besoin, comme un autre, indéniable.
      « souvent avec violences » : source ?
      S’il y a violence, alors on sort du contrat. On n’est plus dans la prostitution, on est dans l’agression ou le viol.
      Un braqueur de banque n’est pas un client de la banque.

      • Berenice says :

        oui oui c’est ce qu’on m’a dit à propos du capitalisme… T’inquiètes, tu te feras pas exploitée, on te paieras le juste prix pour ton travail, résultat je me tape un temps complet à 400 euros par mois statut stagiaire youpi! Mais je suis sure que les prostituées ont largement plus les moyens de faire respecter leur « contrat de travail ». Les chinois aussi ils ont un contrat de travail honnête hein…

  7. courroux_feminicides (@feminicides) says :

    Pour mémoire le contrat de travail même s’il est sous subordination d’un employeur permet de vendre non pas son corps mais exclusivement du temps de travail avec une catégorie de qualification, rien de plus ! Et le marchandage constitue un délit depuis 1848.

    Nulle libération de sexualité, quelle qu’elle soit, puisque c’est une servitude à l’exclusive sexualité masculine phallocrate, que ce soit dans la prostitution d’enfants des deux sexes ou de femmes.

    La liberté sexuelle se résume à la sexualité désirée dans le respect mutuel et elle a été confisquée par le « jouir de tous à son propre profit » ce qui en est l’exacte contradiction.

    Ce n’est pas du travail et ce serait grave que cela le devienne car nous serions à la merci de décisions de justice comme celle là – c’est à dire désolés, votre fils, votre fille, que voulez-vous dans le cadre de leur travail… circulez il n’y a rien à voir – Majorité sexuelle oblige et libertés des services, dixit bolkestein http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/03/feminicides-prostitutionnels-aggraves.html

  8. Powlyn says :

    Bonjour,

    Féministe et abolitionniste, je dois reconnaître que votre développement me semble pertinent et juste et qu’il a le mérite de poser les bonnes questions. Du moins jusqu’au 5e point ! En gros, vous nous expliquez que, comme nous avons régulièrement des rapports sexuels non désirés, l’argument du désir est caduque… N’est-ce pas prendre les choses à l’envers ? Au lieu d’harmoniser tout ça vers le bas en légitimant le sexe sans désir, ne faudrait-il pas lutter pour imposer une vision de la sexualité conditionnée au désir, notamment en luttant contre la domination masculine qui, selon vous, nous pousse à consentir même sans envie ? (Je dis « selon vous » parce que ça me semble être un présupposé bancal, j’espère que toutes les femmes ne se forcent pas pour les beaux yeux de leurs hommes…).

    De même, vous terminez en accusant les abolitionnistes de nier la source du problème : la domination masculine. Mais la prostitution est tout autant une conséquence qu’une cause ! Elle participe à la reproduction d’une vision totalement sexiste de la sexualité qui renvoie les hommes à leurs pseudo-pulsions irrépressibles et les femmes à leur devoir de les satisfaire…

  9. Powlyn says :

    Par ailleurs, considérons un instant qu’il s’agit bien de travail : soit, dans ce cas, il faut mettre en oeuvre les conditions d’un salariat des personnes prostituées et puis du coup créer des filières « prostitution » dans les établissements scolaires, les intégrer aux brochures de l’ONISEP etc. (ben oui, comme tous les métiers).

    Soit on décide que, le travail étant, par nature, une aliénation, le salariat doit être en capacité de mettre des limites à l’aliénation : pas plus de 35h, pas sans congés payés, pas à moins du SMIC… Et donc considérer que, non, le fait de prêter son vagin ce n’est pas la même chose que d’être bibliothécaire. Et que, dans une société déjà sexiste, tolérer la location de vagin ne peut en aucun cas aller dans le sens d’une égalisation des droits des femmes et des hommes…

  10. Ango says :

    « Au lieu d’harmoniser tout ça vers le bas en légitimant le sexe sans désir, ne faudrait-il pas lutter pour imposer une vision de la sexualité conditionnée au désir, notamment en luttant contre la domination masculine qui, selon vous, nous pousse à consentir même sans envie ? (Je dis “selon vous” parce que ça me semble être un présupposé bancal, j’espère que toutes les femmes ne se forcent pas pour les beaux yeux de leurs hommes…).

    De même, vous terminez en accusant les abolitionnistes de nier la source du problème : la domination masculine. Mais la prostitution est tout autant une conséquence qu’une cause ! Elle participe à la reproduction d’une vision totalement sexiste de la sexualité qui renvoie les hommes à leurs pseudo-pulsions irrépressibles et les femmes à leur devoir de les satisfaire… »

    Je n’aurais pas mieux dit.

  11. pascalinberlin says :

    Comme d’habitude, je suis très admiratif, car c’est rare de lire des textes aussi spirituels que les vôtres. Je dis ceci, bien qu’il m’arrive de temps à autre de ne pas être d’accord. Mais à chaque fois que je vous lis, j’ai besoin d’un peu de temps pour que ça décante, le temps de laisser mûrir vos remarques, car je me méfie de mon propre jugement spontané, et plus encore sur un thème entaché de plusieurs siècles de préjugés.
    Je me permets de vous soumettre un texte que j’avais écrit sur mon blog (inactif aujourd’hui) à la suite d’une discussion que j’avais eue avec une amie féministe. Ce qui m’a motivé à l’écrire est la sensation que j’avais, que nous les hommes, en particulier hétérosexuels n’étions pas conviés à donner notre avis, même pas d’ailleurs à être d’accord, comme si nous étions fondamentalement suspects, et cela m’attristait (et m’attriste encore) beaucoup. Un peu comme si nous étions supposés être des machos, que nous ne pouvions être autrement (votre remarque sur le brave garçon de gauche dans votre article « Féministe avec trois grammes » m’y a d’ailleurs fait penser) comme si c’était notre rôle, où même les féministes nous y veulent voir. Nous avons même le sentiment que même celles-ci nous méprisent quand nous « feignons » (car il semble que nous ne puissions que feindre) de participer au débat et de lutter avec elles.

    Voici donc l’article, où je développe mon idée. Je serais très honoré si vous le lisiez et donniez votre avis sur ce que j’y écris.

    http://pascalinberlin.wordpress.com/2012/07/11/feminisme/

    Et merci de continuer à écrire! S’il ne reste qu’un lecteur, je serai celui-là:)

  12. Manuel Menal says :

    Chères Ève, Louisa,

    Je crains qu’en voulant relever des arguments fallacieux, vous n’en commettiez vous-même quelques uns.

    Vous décrivez, somme toute, la prostitution à un « service loué » lié au corps, au même titre que d’autres services liés au corps (vous prenez l’exemple de la masseuse ou de l’épicier). Sa seule spécificité est qu’il soit un service sexuel ; si on prolonge l’analyse, c’est donc par puritanisme, ou par conservatisme, que les abolitionnistes feraient une spécificité du « service sexuel ».

    C’est bien là que l’argument me semble douteux. Parce que si le « service sexuel » n’est pas justifié, si le sexe n’est finalement qu’une partie du corps comme une autre, alors pourquoi le viol est-il un délit, au contraire du délit que constituent les autres agressions ? Il faut croire qu’il y a bien quelque chose de spécifique à ce « service », et qu’une relation sexuelle tarifée n’est pas assimilable à tout « service loué » impliquant le corps.

    Ce qui, en réalité, ramène à votre dernier argument. Vous nous expliquez que la prostitution est « par définition » une relation sexuelle consentie. Je suis pour le moins dubitatif sur l’affirmation ; d’autant que vous acceptez, un peu plus haut, le fait que la prostitution n’est pas une activité choisie, mais qu’elle répond à une contrainte.

    D’abord, vous semblez négliger un élément important : la prostitution n’est pas le plus généralement une simple « relation tarifée » entre deux personnes. C’est, le plus souvent, un système à plus de deux acteurs : la prostitution liée au proxénétisme reste la norme en France ; et le plus souvent, elle implique aussi d’autres acteurs, comme des passeurs, etc. La contrainte n’est donc pas uniquement financière.

    Ensuite, vous semblez poser l’équation « accord = consentement ». Il y a bien là quelque chose de très douteux. La loi prévoit, et c’est une revendication féministe, des cas où on ne peut considérer qu’il y a consentement, même s’il y a accord : c’est le cas pour les mineurs, bien sûr, mais aussi dans le cadre de relations d’autorité, par exemple.

    À mon sens, si on accepte l’idée que la prostitution n’est pas (dans la quasi-totalité des cas) une activité choisie librement, alors s’en suit que les relations sexuelles tarifées sont justement des relations sexuelles sans consentement. Elles présentent des différences avec un viol, parce que la contrainte n’est pas physique, parce qu’elle n’implique pas de violence, et parce qu’elle est le fait d’un système, et pas d’un seul acteur.

    Mais au final, il me semble que le client est justement un des acteurs d’un système qui conduit à des relations sexuelles non consenties, ce qui constitue un crime.

    Je suis sûr que nous resterons pas d’accord, mais il me semblait important d’apporter quelques arguments en faveur de l’abolition et de la pénalisation du client, position bien injustement présentée en ces lieux.

    • Tentacara says :

      Tout d’abord, je voudrais vous tirer mon chapeau : De tout l’argumentaire abolitionniste que j’ai pu consulter jusqu’ici, votre commentaire est le premier qui me semble rationnel et procéder de la réflexion plutôt que de la pure projection personnelle et du jugement puritain.

      « pourquoi le viol est-il un délit, au contraire du délit que constituent les autres agressions ? Il faut croire qu’il y a bien quelque chose de spécifique à ce « service », et qu’une relation sexuelle tarifée n’est pas assimilable à tout « service loué » impliquant le corps. »

      Je pense que la loi prend en compte le traumatisme émotionnel plus important de l’agression sexuelle que de n’importe quelle autre agression. Le fait que la loi reconnaisse la potentielle dimension émotionnelle d’un acte sexuel ne justifie pas en soi que la relation sexuelle en tant que telle soit exclue du champ de la relation commerciale. Il est en revanche indispensable que les prostitué(e)s soient en mesure de choisir leurs clients et les termes du contrat afin de limiter son impact émotionnel.Cela supposerait que la prostitution ne soit pas soumise au droit commun du travail salarié, ce qui impliquerait qu’elles n’auraient pas le choix de leurs clients ni de leurs pratiques, mais plutôt considérée comme une activité libérale qui leur laisserait la maîtrise des conditions d’exercice de leur métier.

      « C’est, le plus souvent, un système à plus de deux acteurs : la prostitution liée au proxénétisme reste la norme en France ; et le plus souvent, elle implique aussi d’autres acteurs, comme des passeurs, etc. La contrainte n’est donc pas uniquement financière.  »

      Remarque pertinente, la question qui se pose ensuite étant comment lutter contre cette forme spécifique de contrainte. Et c’est là que nos avis divergent. La pénalisation des clients, loin d’entraver les réseaux, risque fort de les renforcer. Les réseaux seront les seuls à disposer des structures nécessaires pour soustraire leurs clients à la sanction. Cela risque de provoquer une augmentation mécanique des tarifs et donc une sélection financière accrue : ceux qui pourront s’offrir les services d’une prostituée seront aussi ceux qui peuvent s’offrir un avocat. Autre risque, sous la coupe d’un réseau et pour des tarifs plus élevés, les prostituées seront dans une position encore plus vulnérable qu’aujourd’hui et plus en mesure de refuser des pratiques qui ne leur conviennent pas.

      « La loi prévoit, et c’est une revendication féministe, des cas où on ne peut considérer qu’il y a consentement, même s’il y a accord : c’est le cas pour les mineurs, bien sûr, mais aussi dans le cadre de relations d’autorité, par exemple. »

      C’est exact. Je ne reviendrai pas sur le cas des mineurs qui me semble évident. Dans le cas des relations d’autorité, le problème n’est pas la relation sexuelle entre deux personnes, mais le contexte professionnel qui en fait un abus potentiel de position dominante. Pour autant, les relations sexuelles ou amoureuses au travail entre deux personnes de niveaux hiérarchiques différents ne sont pas systématiquement sanctionnés, loin s’en faut.. au point qu’il s’agit de la première cause de rencontres et de mariages.
      Je suppose que nous sommes d’accord pour que les prostituées ne soient pas considérées comme des mineures sous prétexte que leurs choix nous dérangent. Quant à la position d’autorité, tenons-nous en à la jurisprudence et contentons-nous de sanctionner les abus de pouvoir.

  13. trompesdefallope says :

    Je parage assez vos analyse. Un argument qui me semble aussi très important et sur lequel insiste beaucoup Act Up c’est la mise en danger supplémentaire des prostituées que représente la pénalisation des clients. Elles doivent encore plus se cacher pour que les clients ne se fassent pas arrêter et donc sont encore plus fragilisées, donc risques supplémentaires de viol, difficulté d’imposer la capote etc.
    Par ailleurs, même si on aboutir à la suppression de la prostitution, je ne suis pas du tout convaincue qu’une politique abolitionniste soit réellement efficace. Le marché du sexe est, je crois le troisième marché mondial après les armes et la drogue, les garants du capitalisme ne permettrons jamais qu’on s’en prenne aux réseaux principaux de la traite humaine. Du coup les mesures comme la pénalisation des clients (et ne parlons pas de l’interdiction du racolage passif), ça fait vraiment hypocrite.

    Par contre dans le genre « argument insupportable », il y a ceux qui justifient la prostitution par les « désirs naturels » des hommes (que les femmes elles n’ont pas évidemment).

  14. Powlyn says :

    Manuel Menal, tout à fait d’accord !

  15. Patrick says :

    Un très bon article dans les points qu’il aborde. Pour ma part, je trouve juste dommage qu’il ne traite pas de politique alors que la première chose dont on parle c’est de « la Ministre des Droits des Femmes ».

    C’est peut-être radicale comme position, mais tant que la prostitution dans notre pays n’aura pas de statut défini par la loi de façon CLAIRE, ça ne servira à rien de taper sur le client.

    Pour rappel, une prostitué n’est pas dans l’illégalité. Elle paie des impôts sur ce qu’elle touche et doit le déclarer à l’Etat sous la mention « Profession Libérale ». C’est d’ailleurs certainement une source non-négligeable de revenus puisqu’ AUCUNE LOI ne sanctionne cette activité. Il y a eu les lois sur le racolage passif, l’expulsion du centre ville des grandes agglomérations etc… Mais JAMAIS, au grand JAMAIS, le métier de prostitué n’a été menacé, sanctionné ou même réformé. Proxénète, oui, c’est illégal et condamné par la loi. Prostituée, en aucun cas.

    Tout cela pour dire que cet article, même très bon, relève limite d’un cours théorique de sociologie sur les aspects du métier de prostituée. C’est juste dommage qu’un paragraphe ne soit pas consacré au gouvernement français qui est incapable de faire une norme claire ou une interdiction bien définie d’un métier qui lui rapporte de l’argent et dont on saborde la pratique pour des raisons puritaines incompréhensible A PARTIR DU MOMENT OU LES INSTITUTIONS POMPENT DU FRIC DESSUS (désolé mais ça me révolte…).

  16. Aristide Bruyant says :

    Il est bienvenu de critiquer les mauvais arguments des abolitionnistes.

    Mais je peine à trouver acceptable que l’on défende l’existence d’un système prostitueur qui ne me semble pas avoir in fine d’autre justification qu’une conception dominante et pathétiquement patriarcale de la sexualité « masculine ».
    Sans besoins masculins soit-disant plus importants, soit disant irrépressibles, sans crânes bourrés à l’hétérosexisme, il n’est aucune justification qui tienne de l’existence d’un système prostitueur où une écrasante majorité de clients homme achète l’accès au corps d’une majorité de prostituées femmes.

    Or il me semble que le féminisme radical a depuis longtemps remis à leur place les clichés les plus navrants sur la sexualité masculine, et qu’il s’est depuis longtemps attelé à montrer le rôle qu’ils jouaient, ainsi que le système prostitueur, dans la domination masculine.

    Je ne parviens pas à comprendre comment on peut, sachant cela, ne pas adopter à minima une position résolument abolitionniste – ce qui n’a rien de contradictoire avec le fait d’étriller vertement des arguments abolitionnistes qui seraient vraiment ineptes: mais cela ne mène pas à prétendre que la position abolitionniste doive être la conséquence d’un moralisme suspect, par exemple.

    Votre premier argument sur la marchandisation du corps semble faire litière du phénomène de dissociation constaté chez nombre de prostituées, et relaté par des survivantes. Contrairement aux parallèles fantaisiste avec le travail en épicerie, les métiers « normaux » ne conduisent pas massivement celleux qui les exercent à devoir, comme les « simples » victimes de viols, considérer leur corps comme ne leur appartenant plus, à dissocier leur conscience de leur corps pour supporter ce que leur emploi exige d’elleux. Que le travail en soit soit extrêmement critiquable, je suis le premier à le soutenir, et à réclamer qu’on en finisse avec lui. Mais que l’on assimile la prostitution à un emploi comme un autre est mensonger au vu ne serait-ce que des conséquences psychologiques particulières que ce « travail » là entraîne, et nie l’existence même du patriarcat, de la domination masculine, du caractère sexuel de cette domination.

    Votre second argument, centré sur une définition stricte de la notion d’esclavage, me paraît tout aussi critiquable. D’une part parce que pour ma part je ne l’ai jamais lu tel que vous le présentez ici. D’autre part parce que la réalité de la domination masculine fait aussi et implique le mépris du corps acheté, de la personne elle-même. Sans être stricto sensu de l’esclavage, la « relation tarifée » ne se résume pas à une simple « location de matériau » rémunérée, et les risques de non-respect de la soit-disant « transaction » sont effectivement maximum pour la personne prostituée. Il ne s’agit pas de morale ni de religion – j’avoue trouver risible les prétention à la liberté intellectuelle affichée le plus souvent par l’affichage de ce genre d’argument « libertaires » en peau de lapin – mais de coups et blessures, de viols et de meurtres commis par les « clients ». Il n’y a aucun « métier » qui expose ceux ou celles qui l’exercent à cela autant que la prostitution. Ce sont là des raisons très concrètes pour lesquelles ont peut effectivement refuser le « principe » de l’achat de quelques heures de « relations sexuelles » – achat par un homme de l’accès à un corps féminin ou féminisé par le simple fait qu’il soit à vendre. Parce que nous ne vivons pas dans le monde de principes que nous vend l’idéologie libérale, mais dans une société marchande, sexiste et patriarcale. Il y a bien une différence radicale entre les « services sexuels » et les autres services, elle tient à la domination masculine, à sa conception prédatrice de la sexualité. Nul besoin pour le constater de morale, de religion, de valeurs sorties d’on ne sais où. D’un peu de philosophie matérialiste, plus sûrement.

    Troisièmement, votre manière de réduire la prostitution à un métier comme un autre est tout aussi fallacieuse. D’une part, parce qu’il existe une vieille critique du travail et de l’aliénation marchande. Peut-être ne vous y êtes vous jamais vu confrontées. J’ai pour ma part manifesté pour l’abolition du salariat durant une bonne partie des années 90 et du début 2000. Au grand dam des syndicats de « défense des droits des salariés », qui n’aiment pas qu’on critique leur gagne-pain.Exactement comme le fait aujourd’hui le Strass à propos de la prostitution.
    Et ma position sur le travail est aussi et toujours abolitionniste. Il n’y a pas d’ « aliénation au travail »: c’est l’organisation de la production sous la forme « travail » qui est la première aliénation.
    C’est une position critique qui a une longue histoire, liée à la frange la plus radicale du mouvement ouvrier. Cela n’a rien à voir avec une quelconque « abolition des métiers » (le terme est un non-sens!), mais tout à voir avec l’abolition de l’organisation sociale dominante qui nous réduit effectivement à n’être que chair à travail. C’est une position qui n’a pas le vent en poupe ces temps ci. Il faut dire que la frilosité critique se porte bien.
    D’autre part, la critique du travail, de la prétendu « liberté » de gagner de l’argent de telle ou telle manière n’est pas une critique des comportements individuels (je laisse ce genre de pathétique bavardage inepte à « C’est mon choix », et autres émissions de critique radicale télévisuelle) mais bien une critique de la condition de chair à travail qui nous est faite. C’est une critique sociale.
    Les défenseurs de la prostitution ramènent systématiquement cette question à une question de liberté individuelle, ce qui permet de brandir confortablement la belle liberté des proxénètes et des clients contre la vilaine morale des abolitionnistes, alors qu’il s’agit d’une question d’organisation sociale, et de mode de vie collectif : le genre de « choix individuels » qui nous y sont laissés – parmi lesquels, pour les femmes particulièrement, la prostitution, dépendent directement de cette organisation sociale. Une position abolitionniste digne de ce nom ne vise pas les prostituées, mais le système prostitueur et tous ceux qui les confortent.

    La conclusion que vous apportez à votre quatrième argument est tout simplement ahurissante. Le mépris des personnes prostituées, le non respect de leur intégrité, d’elles en tant que personne est une constante omniprésente du système prostitueur. Dans ce système, les femmes sont des P…, des s…, elles « aiment ça », elles en veulent plus, et elles sont vénales. Ce sont le genre d’opinion respectueuses des personnes prostituées que l’on rencontre chez les prostitueurs. Curieusement, je n’ai jamais lu le moindre mépris des personnes prostituées chez les féministes abolitionnistes.
    Votre déni de la violence contenue dans l’achat de sexe m’évoque quant à moi le déni du viol conjugal. La transaction financière est selon vous censée nous situer sur un autre plan que le viol. Je pense quand à moi que si danger il y a, c’est bien de rendre banal l’abus de pouvoir, banal l’exploitation de la faiblesse d’autrui, quand on prétend que la négociation d’un tarif serait le gage d’un « consentement ». On est là dans le banal des présupposés de l’idéologie libérale la plus dure, et de son mépris de la réalité de la vie humaine – une idéologie où des êtres idéaux choisissent en connaissance de cause, et font les meilleurs choix. On revient par là à la culpabilisation des victimes de viol – z’aviez qu’à mieux négocier votre transaction! – et l’on rend les viols invisibles, innommables, inconcevables, impensables. L’exact contraire de ce que la critique féministe radicale fait depuis des décennies.

    Enfin, votre dernier point, concernant le désir.
    Le désir est un produit social. La société patriarcale connaît les désirs qu’elle peut produire. Je suis d’accord avec vous sur le fait qu’il est aisé de se focaliser sur un aspect d’une domination pour mieux oublier de critiquer tout le reste. Mais dans le même temps, je ne vois pas comment la défense de la liberté de se prostituer, qui plus est avec les arguments que l’on peut lire ici comme ailleurs, permettrait de critiquer mieux ce reste.
    Je ne pense pas que les deux soient assez distincts pour que les arguments contre le système prostitueur puissent ne pas toucher le masculinisme au coeur. Au contraire: si tous les hommes ne sont pas clients, tous sont plus ou moins imprégnés de l’idée qu’ils pourraient l’être parce qu’ils sont des hommes. Le fait de pouvoir acheter l’accès au corps d’une femme est un élément partie prenante de la domination masculine, de la masculinité, de l’identité masculine. Ce n’est pas une question de morale, c’est une question de pouvoir et de système viriliste, patriarcal: une question de domination.
    Bien sûr, un abolitionnisme de dame patronnesse ou de cul-bénit serait des plus navrant. Mais l’acharnement démontré par les cautions au système prostitueur à présenter les positions abolitionnistes les plus solidement et matériellement étayées comme moralistes, autoritaires, idéalistes, me fatigue. De même, le fumet de prétentions « libertaires » à deux balles qu’il se dégage de ces accusations trop souvent gratuites a quelque chose d’exaspérant.
    Je n’ai pour ma part pas d’idée précise de ce que la sexualité et le désir devraient être dans un monde sinon idéal, du moins autre, et particulièrement dans un monde où les êtres humains se seraient émancipés des plus crasses des dominations qu’ils subissent et perpétuent aujourd’hui – sexisme, racisme, domination économique. Ce que je sais de la sexualité telle qu’elle est vécue ici et maintenant, en revanche, me suffit à penser que sa critique est plus qu’urgente et nécessaire, et qu’elle ne peut se faire qu’avec, en même temps que la critique de tout le reste.

    Je n’ai aucune confiance en aucune espèce de gouvernement; je ne crois pas en les bonnes intentions d’aucun Etat. Quelles que puissent être personnellement celles de Mme Belkacem.
    Mais le fait que l’actuel gouvernement se livre à un probable pantomime abolitionniste ne m’amènera pas à trouver le moindre charme à la domination masculine et à son système prostitueur.

    • Alizarinee says :

      Je suis assez d’accord avec ce commentaire. La logique de l’article, qui se veut implacable, est quand même quelque peu bancale. Déjà, vouloir tout rationaliser amène, je trouve, quelques aberrations. Certes, biologiquement parlant, entre un vagin et une main, quelle différence? Ce sont deux organes humains, point. Mais l’épicier qui rend la monnaie effectue ce geste quotidien presque sans y penser, c’est un geste de routine, une base des échanges sociaux humains, comme un regard, une expression. Or il me semble que l’acte sexuel n’a vraiment rien, mais rien d’anodin. Quel que soit le modèle social, le sexe est au coeur de notre intimité. Dans bien des sociétés la sexualité comporte un caractère sacré, qu’il implique des interdits (la sacro-sainte virginité féminine avant le mariage) ou qu’il s’exprime autrement. Etre « libéré » n’a rien à voir avec ça: on n’accepte de faire l’amour (en étant en pleine possession de ses capacités physiques et mentales, j’entends) que si on l’a décidé, généralement parce qu’on s’aperçoit qu’il y a un certain feeling, quand même, avec l’autre.

      De même, sans aller jusqu’au débat sur l’aliénation impliquée par le travail, on ne peut faire une comparaison avec « des services d’ordre intellectuel » que si on compare aussi le degré d’intimité impliqué dans ce travail. Pour donner une échelle de valeur, ça va du degré minimum d’intimité (comptable: quoi de plus impersonnel que des chiffres?) à un degré plus élevé, écrivain par exemple, surtout si il écrit une oeuvre autobiographique. Mais même là, rien de comparable à la prostitution: car l’écrivain filtre forcément ce qu’il révèle de lui, alors que le corps ne possède pas de telle protection.

      Voilà pourquoi on ne peut comparer le sexe à une marchandise comme les autres à mon avis. C’est fondamental, pour philosopher, de critiquer les arguments souvent trop faciles de chaque camp, mais il me semble absurde de parler de moralisme, etc. quand il s’agit forcément d’un combat de valeurs. Les combats contre l’esclavage, pour les droits de l’homme, contre l’homophobie, après tout, n’étaient ou ne sont « que » des combats de valeurs… Sauf qu’il est à présent majoritairement admis dans notre société qu’un homme noir ne vaut pas moins qu’un homme blanc. Heureusement! Mais à l’époque un débat a bien eu lieu, avec sans doute autant de pour que de contre, les mêmes problèmes de pression économique (quel business que l’esclavage!), etc. Et les esclaves ne se plaignaient pas forcément de leur condition; aujourd’hui encore on trouve des Africains d’ex pays colonisés qui se pensent inférieurs aux blancs (témoignage d’une amie partie en voyage au Sénégal). Les prostituées qui défendent leur activité s’inquiètent de leur avenir immédiat et c’est bien normal, mais pensent-elles vraiment au fond que la prostitution est bonne pour la société? Enfin, pour moi (mais ce n’est que mon avis) l’accès au sexe est certes un besoin, mais certainement pas un droit.

      • Patrick says :

        « Et les esclaves ne se plaignaient pas forcément de leur condition » : C’est soit un propos horriblement mal dit ou la connerie la plus phénoménale du siècle.

        Quels esclaves ne se plaignaient pas de leur conditions concrètement ? Les captifs des armées Egyptiennes, Romaines qui crevaient la bouche ouverture avec le rêve d’émancipation travers le travail ou les jeux du cirque ? Les noirs africains capturés par les organisateurs du commerce triangulaire, dont les deux tiers perdaient la vie dans des cales de bateaux en transit entre l’Afrique, Bordeaux et les Antilles ? Pour info Spartacus et Amistad ne sont pas QUE des films…

        Un esclave qui ne se plaint pas de sa condition, c’est un esclave qui a peur pour sa vie… Point…

  17. Alizarinee says :

    Je n’ai jamais dit qu’ils étaient heureux!!!!!! Ce que je veux dire c’est que quand on a vécu toute sa vie en esclavage on n’imagine pas FORCEMENT la notion de liberté, comme ces oiseaux qui ne sortent pas même quand la porte de la cage est ouverte… Ou alors on n’ose rien tenter par peur de vivre quelque chose de pire encore. Je pense à ces enfants, ces « petites mains » vendues par leurs parents à des fabricants de tapis. Ils rêvent forcément de sortir de cette vie mais où iraient-ils? Les personnes qui les exploitent les maltraitent mais leur donnent le minimum pour subsister. Dans la rue, ce qui les attend c’est la prostitution, le crime. Quant aux Africains des ex-colonies, je me doute qu’ils ne rêvent pas de revenir à la colonisation, je n’ai pas besoin de votre commentaire pour ça. Mais cette domination des blancs sur les noirs laisse des séquelles, tout comme la domination masculine est « intégrée » par un nombre impressionnant de femmes.

    Merci de ne pas mal interpréter mes propos. Je voulais faire un parallèle avec les prostituées, qui à mon sens sont également exploitées, soit par des proxénètes, soit plus indirectement, à travers le système social patriarcal dans lequel nous vivons. A mon sens, elles défendent leur situation par peur de vivre quelque chose de pire encore que le trottoir. Si vous trouvez mon argument discutable ou maladroit c’est votre droit et merci de m’expliquer pourquoi mais je ne pense pas avoir dit la connerie du siècle.

    • Patrick says :

      Dès ma première phrase j’ai dit : « C’est soit un propos horriblement mal dit ou la connerie la plus phénoménale du siècle. » Vu le pavé que vous venez d’écrire, c’est une certitude qu’il s’agissait de l’option 1/

      Concernant l’option 2/ C’est une connerie de penser que les prostituées : « défendent leur situation par peur de vivre quelque chose de pire encore que le trottoir », tout simplement parce qu’il ne s’agit que d’un cliché. Les prostituées traditionnelles ont souvent (je ne généralise pas) eu une vie « classique » auparavant (caissière ou autre…).

      De plus, elles défendent leur situation parce qu’entre autres, comme dit plus haut, la fiscalité et le flou autour du métier de la prostitution font qu’elles paient des impôts comme tout le monde et que, du coup, elles n’ont pas à être des citoyens de seconde zone. Ou alors on interdit clairement l’exercice du métier via une loi.

      Et à quel moment de ma première réponse j’ai, ne serait-ce qu’insinué, que vous aviez dit que les esclaves étaient heureux ? J’ai dit qu’un esclave qui se ne plaint pas, c’est un esclave qui a peur de mourir. Du coup, c’est une évidence de dire qu’ils « ne se plaignent pas de leur condition ».

      Les esclaves ne se plaignent pas, ils obéissent ou se révoltent. Pas de demi-mesure dans cette situation et SURTOUT, AUCUN RAPPORT avec le cas des prostitués « traditionnelles », sans maquereau, et qui défilent pour revendiquer leurs droits (voir manif contre les lois Sarkozy de 2005, mais pas certain de la date…). Donc en fait finalement, oui, votre phrase est aussi une connerie à mes yeux, mes les opinions c’est comme les trou de b., chacun à le sien.

      Après, si votre objectif étaient de parler de la « traite des blanches », contrairement aux esclaves et malgré les failles du système (car oui la justice et la police ne sont pas toutes puissantes c’est un fait), les « filles de l’est » ou autres exploitées peuvent se rendre dans un commissariat ou autre. Alors OUI, c’est pas le top, elles sont parfois mal accueillies ou rejetées, ou raccompagnées à la frontière, mais qu’on le veuille ou non, elles n’ont pas la même situation que les esclaves d’antan (pas en France, en tout cas).

      Cordialement.

      • Alizarinee says :

        Je pense simplement que vous avez, comme beaucoup trop de gens, une vision trop rose de la prostitution, où les prostituées seraient véritablement des femmes libres qui ont choisi ce que vous appelez un métier. 80% de prostituées Françaises sont exploitées par des proxénètes, ce qui est déjà trop (source: http://fatimabenomar.wordpress.com/2011/04/07/prostitution-ou-pas-prostitution/), donc le STRASS et autres se font forcément plus entendre que des femmes qui se font violer dans l’ombre mais représentent une minorité. Et même parmi les 20% de prostituées restant, il y a quand même, excusez-moi, de fortes chances pour que les femmes qui s’adonnent à cette pratique le fassent pour SURVIVRE. Ce que je pense, moi, c’est que s’attaquer à la prostitution c’est tout simplement défendre les droits de l’homme et sa dignité; et c’est à mes yeux le même type de combat en faveur de l’humanité que ceux qu’il y a pu y avoir par le passé contre l’esclavage, la ségrégation ou autre. Parce que le développement de la prostitution implique systématiquement le développement d’un trafic d’êtres humains, parce que la moyenne d’âge mondiale d’une personne prostituée est de 14 ans; parce que le client estime généralement que parce qu’il a payé, il a tous les droits sur le corps de l’autre; parce que les prostitué(e)s représentent une majorité de pauvres et d’immigrées, et qu’encore une fois ce « droit » d’accès au sexe défendu par certains est, encore et toujours, celui octroyé par l’argent; parce qu’avec la pornographie la prostitution contribue à donner une vision de la femme comme un objet et une marchandise, ou tout simplement une salope… Voilà mon point de vue. Je n’ai pas dit que prostitution ou esclavage, c’était exactement la même chose, mais C’EST une forme d’exploitation à mes yeux, qu’elle soit directement exercée par un proxénète ou par la société. Et de toutes façons si on veut comparer à pire, on trouve toujours. Je ne sais pas si le meilleur moyen est d’interdire la prostitution, soit dit en passant, mais je pense réellement qu’il ne faut pas non plus la légaliser, car je crois qu’un pays qui reconnait les droits de l’homme ne devrait pas reconnaitre la prostitution. En tous cas je vous trouve plutôt agressif, je pense de mon côté que vous dites pas mal d’inepties tout comme vous pouvez le penser de moi mais je ne me permets pas pour autant d’affirmer à tout va que vous dites des conneries. Il y a une personne de l’autre côté de l’écran, qui pense sincèrement que la cause qu’elle défend est juste, et qui n’apprécie pas particulièrement qu’on lui parle sur le ton que vous adoptez. Je préfère personnellement parler pour faire évoluer le débat plutôt que pour traiter les gens de cons; si ce n’est pas votre avis je me casse et je vous laisse dialoguer avec votre trou de balle.

      • Patrick says :

        A noter que vous êtes incapable de lire une réponse puisque :

        1/ La prostitution, si elle n’est pas reconnue par la chambre de commerce comme un métier n’est pas non plus condamnée par la loi, et donc de manière implicite est déjà LEGALE (expliquer plus haut, impôts, tout ça).

        D’ailleurs dire dans la même phrase qu’interdire la prostitution n’est pas forcément le meilleur moyen de la combattre, mais que la légaliser n’est pas non plus une solution, donne juste PILE POIL la situation en France…

        2/ Je ne vous ai jamais insulté, j’ai dit que votre phrase était une connerie et on en dit tous (désolé de vous le rappeler).

        3/ J’ai dit que les avis c’est les comme les trous de balles, chacun a le sien, mais je ne vous ai jamais invité à parler à votre séant. Donc vous me voyez au regret de décliner votre invitation et vous enclin à m’y remplacer.

        4/ Merci de donner toutes les informations que vous citez, à savoir :

        En France

        80% des prostituées en France sont étrangères d’après l’OCRTEH – Office central de la répression de la traite des êtres humains

        Entre 85 et 90% des personnes prostituées sont sous le joug du proxénétisme, selon l’enquête de Richard Poulin en 2005

        Il est donc clair que selon votre propre source, il y a 80% de femme prostituées étrangères et certainement concernées par la « traite des blanches » et donc forcément sous le joug de groupes mafieux et autres proxos. Sur les 20% qui restent rien de dément le fait que ce soit les prostituées « traditionnelles » dont j’ai parlé plus haut et qui ont manifesté contre les lois Sarkozy.

        Et en parlant de ces femmes, je ne vois pas où est le Strass (en référence aux stars et paillettes ?). Elles se sont rassemblées (à tort ou à raison), contre des lois qui pénalisent leur activité, sans pour autant l’interdire, ni d’un autre côté les exonérer de remplir leur devoir citoyen, à savoir payer des impôts. Elles ont manifesté en dépit de leur situation dans le but de rappeler l’incapacité des différents gouvernements à légiférer définitivement sur cette question épineuse. Le Strass ? Voilà une nouvelle fois une image mal placée pour un propos qui l’est tout autant…

        Enfin en 5/ Je cite :

        « Je n’ai pas dit que prostitution ou esclavage, c’était exactement la même chose, mais C’EST une forme d’exploitation à mes yeux, qu’elle soit directement exercée par un proxénète ou par la société. »

        Quelle VRAIE forme de prostitution, telle que définit en tant que métier, est exercée , directement ou indirectement, par la société ? On ne vit clairement pas dans la même société je pense et vous n’avez aucune idée de la portée de vos mots.

        La société dans laquelle je vis n’est pas rose, est dure et sans pitié, mais de toutes les choses qu’elles me forcent à faire pour y vivre, JAMAIS, je n’y ai vu un quelconque exercice de ce style, même métaphoriquement. Ni pour moi, ni pour toutes les femmes qui m’entourent, seules ou non, avec ou sans enfants. Si pour vous « se prostituer » revient à faire des choses que l’on aime pas, ça s’appelle grandir et vivre parmi les adultes.

        Bonne soirée.

  18. Sophie says :

    « Si pour vous “se prostituer” revient à faire des choses que l’on aime pas, ça s’appelle grandir et vivre parmi les adultes.  »

    On la tient la connerie du siècle!

    • Alizarinee says :

      C’est aussi mon avis Sophie.

      Mais je constate que le débat n’avance pas: je n’arrive toujours pas à trouver de point d’entente avec vous Patrick; sachez que tout ce que je dis n’est pas destiné à démonter vos argument comme vous semblez le penser, même si nous restons opposés sur des points fondamentaux; par exemple je sais très bien que la position de la France correspond à ce que je décris mais je pense que ce n’est pas une raison pour ne pas chercher le moyen d’améliorer les choses. Je trouve que cette discussion n’est absolument pas constructive aussi je laisse d’autres reprendre le débat. Soit dit en passant vous ne m’avez effectivement pas insultée directement mais je vous trouve désagréable et présomptueux (vous affirmez à tout va que je dis des conneries au lieu de chercher à comprendre ma façon de penser); ton présomptueux qui devient d’ailleurs comique quand vous vous mettez à déformer le français (« je vous enclin à m’y remplacer »…).

      J’ajoute que je trouve cet article très intéressant malgré les critiques que j’ai pu émettre, car malgré mon avis négatif sur la prostitution je trouve toujours bien d’être confrontée à des avis contraires argumentés; il est vrai que les arguments des abolitionnistes ne se tiennent pas toujours, ou alors qu’ils sont mal formulés, et faire face à une opinion opposée à la sienne aide souvent à pousser son propre raisonnement à fond, à le remettre en constamment en question; ce qui est à mon sens la meilleure façon d’avancer. Quant au débat c’est encore mieux… Mais seulement quand les deux partis font preuve d’un peu d’ouverture d’esprit.

    • Djuba says :

      Vous n’avez pas compris le sens de sa phrase. Patrick a usé de guillemets pour étendre la signification habituelle de l’expression « se prostituer » au domaine des compromissions auquelles tout adulte ne vivant pas à Bisouland est forcement confronté. Il ne prétend pas que la prostitution est le seul moyen de grandir comme vous semblez le croire.

      • Patrick says :

        Merci Djuba.

        Mais pour le comprendre, il fallait, comme vous, lire en entier le pavé juste au dessus et ne pas avoir la mauvaise foi d’ignorer les guillemets (ce que certains ont du mal à faire visiblement…)

  19. emmanuelle says :

    très bon papier. Dans le fond, toute féministe est abolitionniste par définition, mais il faudra attendre des siècles pour l’application. Pourquoi ? parcequ’il faut qu’il n’y est plus de clients. Et pour qu’il n’est plus de client, il faut une grosse évolution des rapports hommes/femmes.

    • Djuba says :

      Toute féministe n’est pas abolitionniste justement parce que toute féministe ne considère pas la prostitution comme de l’esclavage. Vous êtes sûre d’avoir lu l’article, parce que c’est un peu ça le sujet ?

  20. l'elfe says :

    Je trouve étrange de dire que « la majorité des prostituées se prostituent par contrainte économique ». Puisque par définition une prostituée n’a de rapports sexuels tarifés que pour avoir le droit de bouffer et d’avoir un toit au-dessus de la tête.
    En plus, vous justifiez une forme d’oppression par une autre en comparant la prostituée qui couche pour bouffer à la copine qui écarte les cuisses pour éviter de fâcher son jules, comme si l’une des deux situations étaient souhaitables. De même que quand vous comparez la prostitution à n’importe quel travail aliénant qu’on fait par obligation. En plus, votre analyse du sujet très vraiment très superficielle, vous omettez, par exemple, de parler des raisons pour lesquelles la prostitution existe. Pourquoi des hommes payent pour coucher avec des femmes? (et presque pas l’inverse ?). Qu’est-ce qui change dans un rapport sexuel tarifé? Est-ce le même acte sexuel que lorsqu’il n’y a pas d’échange d’argent, ou de quelconque intérêt d’un côté ?
    Pourquoi défendre la prostitution? Pour la liberté sexuelle ? pour la liberté de se prostituer? Est-ce que ça ne profite pas avant tout au patriarcat? Aux clients qui se fichent bien de savoir s’ils ont affaire à une indépendante ou une victime de réseaux, une adulte ou une mineure, quelqu’un qui aime ça, qui s’en fout ou que ça dégoûte profondément ?

    Bref, je suis extrêmement déçue, ce blog m’avait habituée à mieux et je m’attendais à un article de qualité. Au lieu de ça, on a une liste des argument pro-prostitution les plus souvent entendus, alors que même si on voulait, pour une obscure raison, défendre la prostitution, il en existe de plus intelligents.

  21. delphdlr says :

    On a toujours tendance à mettre en relation la question de la prostitution avec celle du féminisme. De fait, elles sont liées dans la mesure où elle est le lieu d’une domination de l’homme sur la femme… mais n’est ce pas le cas de tous les domaines de la société ?!
    Il est difficile, en effet, de déterminer dans quelle mesure la prostitution tient un rôle actif de ce rapport d’inégalité ou subit simplement des symptômes également présents dans tout autre lieu d’échange entre les deux sexes.
    Imaginons un instant un monde où il n’existerait aucun rapport de domination entre l’homme et la femme mais ou certains individus, tous genres confondus, proposeraient des services sexuels contre de l’argent. Est- ce que cela choquerait les féministes de la mêmes façon? Ce qui révolte de toute évidence dans la prostitution c’est avant tout les conditions dans lesquelles elle s’exerce.

    Il serait cependant stupide ou hypocrite de prétendre que le domaine du sexe ne diffère d’ores et déjà en rien des autres.
    Toute notre société occidentale, qu’on le veuille ou non, qu’on le déplore ou pas, est structurée autour des interdits sexuels, et tous ces interdits ont connu des définitions et des seuils de tolérance très variables au court du temps.
    Ainsi, il semble que les conséquences traumatiques liées à la transgression des normes sexuelles (homosexualité, exhibition, inceste, pédophilie, viol…) sont déterminées moins par les actes eux-mêmes que par le jugement dont ils font l’objet dans un contexte donné.
    Peut-être après tout que ce qui blesse durablement une filles qui s’est prostitué, c’est, au delà du regard de son client, le regard culpabilisateur et dépréciateur de sa communauté.

    Que dire de ces sociétés (en France par le passé et dans certaines régions du monde encore aujourd’hui) où il est admis que les jeunes filles soient données en mariage contre leur gré tandis que l’on montre du doigt la prostitution. La raison pour laquelle ces sociétés condamnent la prostitution (et l’origine même de son caractère illégal et honteux) n’est aucunement la violence faite à la femme, c’est au contraire le fait qu’elle soit libre de connaitre plusieurs partenaires. Ce n’est pas pour rien que l’on y qualifie du même nom une femme qui a des relations avec plusieurs hommes sans même que ces dernières soient monnayées !
    En fait, la prostitution a toujours été considérée comme un mal nécessaire : une frange salie de la gente féminine apte à rendre pure toute les autres femmes.
    Il s’agit dès lors de la dissimuler tant bien que mal tout en se gardant bien de l’éradiquer car elle est la condition même du maintien de l’ordre : les maris trompent leurs femmes sans que les amantes viennent faire scandale ; les hommes dont personne ne veut peuvent se satisfaire et échapper à la tentation du viol, préservant ainsi les « vraies femmes ».

    Laisser la prostitution dans l’illégalité placer celles qui l’exercent dans la marginalité et la précarité (et c’est bien l’intention de certains!) c’est empêcher les clients de différencier les prostituées consentantes de celles qui sont exploitées par des réseaux, c’est priver de dignité toutes celles qui l’exercent…
    Faire accéder la prostitution au statut de profession libérale, de façon à ce que les prostitué(e)s puissent travailler en cabinet, à la manière des avocats ou médecins, c’est permettre de faire cesser l’oppression masculine qui s’y exerce actuellement ! En admettant, en tolérant la légitimité de cette pratique, en cessant de la considérer comme un domaine à part et immoral, on libérera aussi toutes les autres femmes de la menace où elle sont de tomber du mauvais coté de la bienséance. Changeons la loi pour changer les consciences !

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